[10/09/01] Aiguillage : Spasme sur Gênes
Il le dit dans une de ses légendes : « Nous ne sommes ni cette masse informe de la vision des grands de ce monde, ni des guerriers isolés se détachant d’un fond brumeux créé par les lacrymos le poing en l’air ou agitant un drapeau comme les aiment les journaux pour leur une. » C’est pour cela que Marc Monticelli, communiste niçois, militant pour une autre mondialisation, a capté des instants en noir et blanc, comme des centaines d’autres manifestants, pendant quatre jours lors de la contestation du sommet du G8 en juillet dernier. Parmi la cinquantaine de photographies qu’il publie sur le très recommandable Spasme, il y a tout l’air de la ville pendant les journées chaudes, sa sale gueule de cité volée à la société civile, à la société tout court, les visages radieux des êtres ensemble, ce bonheur et cette énigme, le sang et la joie.
Vous croyez tout avoir vu de Gênes. C’est faux.
Thomas Lemahieu - Peripheries.net
Durant tout l’après-midi, j’ai suivi le cortège des “invisibles”, ainsi que des petits groupes et sous nos yeux : blindés qui foncent dans la foule. Balai de ambulances.
Des jeunes par dizaine la tête en sang.Je ne sais plus du tout quoi penser ni quoi faire. (...) Il y a une multitude de gens. Tous différents. Chacun vient avec son cœur, sa colère, ses espoirs. C’est cela que je veux voir. Je recommence à prendre des photos. Mais que des individus...
Cette après-midi du 20 juillet 2001, la milice du G8 assassine Carlo Giuliani, ragazzo.
18/07 - Formation en cas d’intervention de la police
18/07 - Gênes avant la tempête
19 et 20/07 - Portraits
20/07 - Guérilla
20/07 - Guerilla 2
20/07 - Playmobiles
20/07 - Pompiers
20/07 - Tutte Bianche
21/07 - Sea, sex and Sun
1- Gênes 2001. Journées d’opposition. De manifestations. La ville est en état de siège. Tout est prêt pour la paye. La bonne. Celle du sang. Ce sera un certain vendredi 20 juillet. Ce sera celui d’un jeune homme, Carlo Giulani, “ sacrifié à la violence sommaire des nouveaux maîtres du pouvoir ”, écrivait Erri de Luca dans le journal Libération du 24 mars 2002.
2- Un autre jeune homme est là. Il vient de Nice. Il fait des prises de vue. Pas des prises de sang. Ce qui l’intéresse : pas la violence – elle est là, omniprésente – mais les individus, leurs visages – cela qui perdure d’humanité dans ce que l’on dit foule anonyme – ou cette absence terrifiante de regard.
3- Les images de Marc Monticelli. Ce sont elles qui ont fait que c’est revenu. Que ça s’est relevé. Que ça a poussé plus loin sur la ligne du temps. Devenu autre. Au-delà des clameurs ouvrant comme une autre scène où murmurer c’est donner à entrevoir des lueurs. De celles que l’on voit courir le long des lisières entre l’aveuglante lumière du plein champ et l’obscurité des sous-bois. Où murmurer c’est couper court, imposer silence – à qui veut entendre – sans blesser.